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Cet article est déjà paru dans le numéro de décembre 2005 du bulletin Nouvelles Syndicales du Syndicat des employé-e-s de l'Impôt.

Les syndicats doivent-ils contribuer à la justice sociale dans le monde?

En période de renouvellement de contrat de travail, nos membres demandent souvent aux militantes et militants syndicaux, de décrire nos revendications syndicales. Quand on leur présente la liste habituelle (« augmentation des salaires » ou « amélioration des dispositions relatives aux congés »), nos membres trouvent du réconfort dans le fait qu'un certain nombre de leurs conditions de travail seront améliorées. Cependant, lorsque nous leur mentionnons que le « Fonds de justice sociale » figure aussi au nombre des revendications, les membres du Syndicat des employé-e-s de l'Impôt (SEI) s'interrogent sur la nécessité de négocier la création d'un tel fonds.

Chose certaine, nous avons tous entendu parler du « Fonds de justice sociale » par l' Alliance de la Fonction publique du Canada (AFPC). Cependant, seuls quelques membres comprennent réellement l'objet de cette revendication. En fait, nombreux sont ceux qui souhaitent secrètement qu'elle soit mise de côté en faveur de revendications plus substantielles directement liées à notre milieu de travail. En quoi consiste donc le « Fonds de justice sociale », et quel est le rôle du SEI à l'égard de la « justice sociale dans le monde »?

En termes très simples, le « Fonds de justice sociale » est… un fonds de justice sociale. Un des aspects clés de toutes les organisations syndicales dans les pays développés est la lutte pour des conditions de travail plus stables dans un milieu ou le droit du travail représente un droit universel. Ce n'est que lorsque de tels droits auront été acquis que les syndicats parviendront à réduire le pouvoir de l'argent (ou des capitaux), selon lequel des sociétés s'installent dans des pays où les conditions d'emploi moins favorables leur permettent de produire de la richesse, et qu'ils seront ainsi en mesure de préserver nos normes de travail et, aussi, celles de ces pays.

La mondialisation des sociétés étant en plein essor, grâce à des accords tel que l'ALENA, les capitaux n'ont jamais été aussi mobiles. Un triste fait cependant, en raison de ce phénomène, les gains réalisés par les travailleuses et travailleurs au Canada peuvent disparaître lorsque les sociétés choisissent de transférer leurs capitaux dans des pays où les conditions de travail sont répressives. Au fur et à mesure que de plus en plus de sociétés laisseront la libre circulation des capitaux dicter leurs décisions, les pays développés commenceront à perdre des emplois, tandis que les pays moins enclins à encourager des normes de travail améliorées en bénéficieront à court terme.

C'est l'union des sociétés internationales et des gouvernements qui a facilité l'envol des capitaux vers des régions plus « rentables ». Cependant, cette situation a contribué à « réveiller » tous les syndicats et à les inciter à formuler des revendications contractuelles qui ne se limitent pas qu'à l'amélioration des avantages pour leurs membres, mais qui incluent aussi la justice sociale. Cela est particulièrement important pour les syndicats, car, si on ne s'en préoccupe pas, le nombre des emplois non syndiqués et faiblement rémunérés ira en augmentant dans les pays en développement, tandis que le nombre des emplois rémunérés équitablement diminuera dans les pays développés. Nous assisterons à l'érosion des gains réalisés par les syndicats et cela nuira à la capacité du mouvement syndical de négocier des ententes contractuelles équitables pour leurs membres.

Par conséquent, à la question « Les syndicats doivent-ils contribuer à la justice sociale dans le monde », nous répondons par un « oui » catégorique. À défaut d'un mouvement syndical fort, tant au niveau national qu'international, tous les travailleuses et travailleurs en paieront le prix. Il est plus facile de transférer des capitaux dans les pays où la main d'oeuvre est peu coûteuse. En élaborant des politiques qui reconnaissent que la justice sociale est une revendication syndicale importante, notre Syndicat contribuera à la stabilité, tant au pays qu'à l'étranger.

La prochaine fois que quelqu'un s'interroge sur la nécessité d'établir un « Fonds de justice sociale » et se demande pourquoi l'équipe de négociation ne concentre pas ses efforts sur les « vrais » enjeux, tels que des salaires plus élevés ou un régime amélioré de soins dentaires, répondez-lui que la mondialisation des sociétés menace sérieusement son emploi. Expliquez-lui que comme les gouvernements ne sont pas déterminés à maîtriser le pouvoir des sociétés, il incombe au mouvement syndical de veiller à ce que des salaires équitables et des conditions de travail améliorées deviennent un droit universel. N'oubliez pas « qu'une blessure infligée à quelqu'un fait mal à tout le monde ».

Hugh McGoldrick

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